Un peu de moi...

Publié le 1 mars 2026 à 08:30

Il y a des histoires qui commencent dans la lumière.
La mienne, elle, a commencé dans le silence.

Petite, j’ai appris très tôt ce que signifiait la solitude au milieu des autres. À l’école, j’ai subi le harcèlement. Pas seulement les moqueries. Il y avait aussi les humiliations, les coups, les mots qui s’accrochent à la peau et qui finissent par entrer dans la tête.

Quand on est enfant, on ne comprend pas vraiment pourquoi on devient la cible. On se demande simplement ce qu’on a fait de mal.

J’ai essayé d’en parler à un adulte. On m’a répondu que ce n’était rien, que « les enfants jouent ». Alors j’ai appris quelque chose de terrible : me taire.

Pendant quatre ans, j’ai gardé tout ça pour moi.
La douleur s’est transformée en refuge étrange : la nourriture. J’ai commencé à me renfermer, à manger pour remplir un vide que personne ne voyait. Je suis tombée dans la boulimie, seule avec ce combat que personne ne connaissait.

Mais l’histoire ne s’arrêtait pas là.

Au même moment, je subissais aussi des attouchements de la part du compagnon de ma grand-mère. Mon esprit, pour se protéger, a fait ce que beaucoup d’esprits traumatisés font : il a effacé. Les souvenirs ont disparu derrière une porte fermée. Ce que l’on appelle une amnésie traumatique.

Pendant longtemps, je n’ai pas su mettre des mots sur ce qui s’était passé.

Puis, des années plus tard, lors de ma première relation amoureuse, tout est remonté. Comme une vague impossible à contenir. Les souvenirs, les cauchemars, les terreurs nocturnes. Je me réveillais la nuit, terrifiée, appelant à l’aide.

Quand j’ai essayé d’en parler à ma grand-mère, elle ne m’a pas crue.

À ce moment-là, j’ai eu l’impression d’être complètement seule au monde. J’ai commencé à penser qu’il valait mieux ne rien dire, parce que personne ne me croirait de toute façon.

Alors j’ai continué d’avancer, comme on avance parfois : en faisant semblant d’aller bien.

 


L’amour… et les pièges de l’amour

 

Plus tard, j’ai connu une première longue relation. Au début, tout semblait normal, rassurant. Puis peu à peu, j’ai commencé à m’oublier.

Je ne me faisais plus respecter.
Je ne me reconnaissais plus.

Mon mal-être s’est traduit encore une fois dans mon corps : j’ai pris vingt kilos. Jusqu’au jour où je ne pouvais plus me regarder dans le miroir.

Ce jour-là, quelque chose s’est réveillé en moi.
Je ne sais toujours pas quelle force c’était, mais elle était là.

J’ai décidé de reprendre ma vie en main. J’ai consulté une diététicienne, j’ai changé mon rapport à l’alimentation et j’ai perdu treize kilos en six mois. Mais surtout, j’ai compris que je devais aussi perdre ce qui me faisait du mal.

Alors je suis partie.

Je suis restée seule un moment. J’essayais de me reconstruire.

Mais la vie est parfois ironique : quelques mois plus tard, je suis tombée amoureuse. Pas un petit amour. Un amour intense, brûlant, celui auquel on croit de toutes ses forces.

Sauf que cet amour était toxique.

Je me suis retrouvée dans ce que l’on appelle souvent le syndrome de la sauveuse : croire qu’en aimant assez quelqu’un, on peut le réparer.

Mais on ne peut pas sauver quelqu’un qui manipule.

Peu à peu, je me suis isolée. J’ai perdu mon appartement. Ma voiture. Ma stabilité financière. J’ai même perdu une partie de ma famille.

Et pourtant, je restais. Parce que je pensais que c’était ça, aimer.

La vérité, c’est que j’avais peur de partir.

Je me suis mise à ne plus manger. Dix kilos se sont envolés. Dix kilos de tristesse, de solitude, de fatigue émotionnelle.

Puis un jour, cette personne m’a quittée.

Et m’a trompée au passage.

Je me suis retrouvée seule, au milieu des ruines de ma vie.

 


La lumière là où on ne l’attend pas

 

Et c’est là que j’ai découvert quelque chose d’inattendu.

Ma famille m’aimait toujours.

Malgré tout.
Malgré mes erreurs.
Malgré mon éloignement.

Je suis revenue vers eux.

Et j’ai commencé la reconstruction.

Pas une reconstruction magique. Pas une transformation en un claquement de doigts.

Non. Une reconstruction réelle.

Avec des nuits de larmes.
Des moments où il me manquait.
Des jours où je ne croyais plus en moi.

J’ai mis un an à retrouver un peu d’équilibre.

Pendant longtemps, je pensais que j’étais « trop gentille », que les gens pourraient toujours profiter de moi. J’avais perdu confiance. J’avais perdu une partie de mon caractère.

Et puis un jour, j’ai dit : ça suffit.

 


Reprendre sa lumière

 

Je me suis tournée vers l’écriture.

J’ai commencé à faire des choses pour moi. À sortir. À prendre soin de moi. À passer du temps avec mon chien. À redécouvrir les petites choses qui font respirer.

Petit à petit, quelque chose a changé.

Je me suis rendu compte que toutes ces épreuves m’avaient brisée… mais qu’elles m’avaient aussi forgée.

Aujourd’hui, je sais une chose :

Même dans les endroits les plus sombres de l’existence, il existe toujours une fissure par laquelle la lumière peut passer.

Oui, j’ai vécu des choses difficiles. Des choses qui n’auraient jamais dû arriver.

Mais je sais aussi qu’il y a des personnes qui vivent encore pire. Et cette pensée ne me rend pas amère : elle me donne envie d’aider.

D’aider ceux qui pensent qu’ils ne se relèveront jamais.
Ceux qui pensent qu’ils sont seuls.
Ceux qui ont oublié leur propre lumière.

Parce que je veux leur dire ceci :

On peut tomber très bas.
On peut perdre beaucoup.
On peut se perdre soi-même.

Mais se relever reste toujours possible.

C’est de cette conviction qu’est née une idée. Une envie. Un projet.

Une manière de transformer les blessures en lumière.

Et ce projet porte un nom :

Solaire malgré tout.